Cédric Marie ANTOINE

L'homme Pressé. De «dazibao» en «insatsu». Au détour de son chemin : le plaisir de l'oeil …

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Face à  ”La Mare Seule” , dans sa maison-atelier , Cédric-Marie ANTOINE  peint et se plait au calme de sa demeure normande d’où sortiront céramiques, collages et toiles.

Ses travaux fileront au Japon ou en Amérique où il a eu un atelier de 1992 a 2001.

Ses études aux beaux-arts et son goût pour la diversité l’ont amené à travailler sur tout support. Atypique, le travail de Cédric-Marie ANTOINE est simplifié, non pas simple. Il n’a jamais été un peintre banal. il crée, réutilise ses œuvres en tout ou partie, dépasse la création originelle et la sublime sans cesse. Le matériau, le support, évoluent avec le temps. L’art de Cédric aussi.

Par exemple, ses fameux Insatsu. Cette technique d’impression numérique d’origine japonaise permet à l’artiste d’éditer de grandes surfaces de type lithographique. Qu’il les produise sur un papier de calicot ou, comme pour les dernières épreuves, sur une mince feuille métallique, le résultat de ces  ” reprises ” est impressionnant. Et il s’agit en effet de reprise au sens où un Kierkegaard l’aurait entendu. Les éléments préexistants semblent n’avoir attendu que cette recréation, pour s’exprimer enfin dans toute leur mesure. Mesure de taille -car les Insatsu sont spacieux- et mesure musicale, car l’harmonie rejouée sous cette forme, se dévoile enfin dans ses notes les plus inattendues et les plus profondes.

On retrouve donc ce souci de jeter un nouvel éclairage sur des œuvres passées, comme la série des  ” Petits-déjeuners “ et pour le dire de façon abrupte: Cédric s’est  ” mis la table ” en réalisant des aquarelles sur ce thème ; par le biais de l’Insatsu, il en réorganise le plan, en choisissant certains éléments de la composition, qu’il redistribue selon une interprétation nouvelle. En ce sens, il tend vers un infini. Le scénario n’est jamais écrit de façon définitive, il n’y a pas de destin, de prédestination à ces objets. Tout doit être chamboulé à chaque instant de la vie pour s’en rendre compte.

On peut faire la même remarque, en quittant le domaine de la nature morte, pour ce qui est de ses Insatsu en hommage à de grands artistes. Le choix est également un jeu : la vision archétypique que le public peut avoir d’un Picasso, d’une Marilyn tient de la mise en icône de personnage. Cédric, iconoclaste, agit de façon inverse. L’idole est renversée -ou inversée- par l’emploi d’un jeu de réinterprétation proche du négatif photographique. Les couleurs sont saturées, la star auréolée s’estompe parfois sous leur poids, ne laissant dans le spectre qu’une trace relative à son apparence révérée : un regard perçant (Picasso), un sourire galbé (Marilyn), une répétition anonyme de son profil (Warhol).

Cédric-Marie Antoine connaît et use bien sûr d’autres procédés, d’autres médias. Son talent s’égraine au fil des “ Dazibao ” (vastes dessins sur papier), de ses toiles et se permet des incursions dans des domaines inattendus, comme en témoignent ses  ” arts de la table ” ou son  ” mail art “. Un artiste dont l’éclectisme n’est qu’apparent, dont la création tente et atteint toujours les buts parfois aventureux qu’elle s’est proposée. Un homme qui s’est fait pour règle de rebondir là où on ne l’attendait pas. Ou de reprendre sans cesse ce que l’on pensait figé et achevé.

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